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Critique littéraire : 10h10, la position des jambes de Sarah

Le 14 décembre 2016
Malik
Malik "Pifpaf" Bahri
L'auteur.

« La femme est une surface qui mime la profondeur » Friedrich Nietzsche

Un matin, je constatai, effaré, que mon futal me tombait sur les genoux, j’avais enfin maigris ? Effectivement, à la balance, j’avais perdu près de 10kg… Le lendemain matin, c’était 15kg de plus. Puis encore 20.
J’aurais dû être heureux de cette perte d’embonpoint, qui aurait dû me ramener sur les saines routes de la drague, pavées de poitrines protubérantes et de chattes brulantes…
Malheureusement, ce que je gagnais en minceur, je le perdais en beauté: mes yeux devinrent chafouins, mon nez se crocha, et je ressemblai graduellement à un mustélidé.
Mes mains crochus me permirent de m’accrocher aisément aux murs, allant jusqu’à passer une nuit entière suspendu au plafond. Après cette nuit, je me mis à ânonner en boucle agitant mes (désormais) petits bras : « La France, les valeurs de la France, Napoléon, Pétain, trop d’Arabo-islmamistes en France, Le Pen vite !! ».
Ma métamorphose en Eric Zemmour était bien achevée.

Frantz Pifpaf – La Métamorphose

Donc pourquoi Zemmour ? Non pas pour sa puante promotion systématique du choc des civilisations, mais pour ses critiques littéraires. Car il faut faire confiance aux professionnels.
Lorsque j’ai un problème de plomberie, j’appelle un plombier. Quand j’ai un problème de bite, j’appelle une pute. Quand j’ai un bouquin à dézinguer, je me transmute en Zemmour. C’est un tonton flingueur de la littérature, laissant derrière lui un sillage d’écrivaillons ensanglantés, agonisants dans un râle de mauvaise prose.

Oui, car le business horloger a enfin accouché d’un ouvrage supposément satirique, 10h10 de Prune (Son prénom et nom de plume…).

Prune, l’auteure, donc (nan, c’est pas une pub pour woolite): 

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10h10 a été vendu comme un brûlot, « le bûcher des vanités » de l’horlogerie, une impitoyable satire des dérives mégalomaniaques de cette industrie du luxe.

Voici ce qu’écrit Le Temps à ce sujet :

« Pourtant, son livre est un exutoire, en aucun cas une vengeance, assure l’auteure de 10 heures 10. Il est le résultat «d’une colère créative». Du coup, Prune n’y va pas de main morte. »

Ou encore mieux Migros Magazine :

Un peu à l’image du livre 99 francs de Frédéric Beigbeder qui s’en prenait au monde de la publicité. (…)Dans son regard bleu glacier (de Prune) se reflètent les toits du centre-ville de Bienne (…) Dans «10 heures 10», l’écrivaine Prune égratigne le vernis si chic des entreprises horlogères suisses haut de gamme (…) Même si elle arbore une tenue panthère, cette trentenaire n’a rien de la tigresse que l’on s’attendait à rencontrer. (…) Son côté sombre, cette jeune femme l’exprime par l’intermédiaire de l’écriture et de Sarah, son alter ego qui rêve de plaquer au sol sa rivale de bureau, «de lui ouvrir le bide avec une désagrafeuse et de photocopier ses tripes».

Autres extraits de l’ouvrage :

«Sur le papier, je suis chargée de coordonner les campagnes web. Dans la réalité, à vrai dire, je suis surtout chargée de sourire, veiller à véhiculer une bonne image, essuyer les sautes d’humeur de ma hiérarchie, être fière de travailler chez Gameo, serrer les dents et sourire, encore.»
«Cette boîte est pilotée à vue par un fils à papa immature et pourri gâté. Paris Hilton ferait une meilleure dirigeante, je te dis.»

Bref, à priori, ça vend du rêve, règlement de comptes à la tronçonneuse et au lance-flamme dans les couloirs d’Oméga (Gaméo dans ce bouquin), finissage au RPG-7 sur le parking, que du bonheur. Du sang pour le dieu du sang, des crânes pour le trône de Khorne !!

Des illustrations issues de l’univers de Warhammer 40 000 (space opéra gothique) : des Terminators de Khorne 

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Ben en fait non. En fait non, car les passages que reproduit Migros Magazine, sont les seuls passages vaguement acerbes du bouquin, le reste, c’est l’histoire d’une bonniche de province (du Doubs, « c’est loin mais c’est beau » ), montée en Suisse, et qui pense avoir décroché le gros lot ; on passe d’un smic à 1200€ (le pinacle salarial dans le Jura Français) à 7000chf chez Oméga… Mais contrairement à un bon auteur réaliste (style Zola) qui poserait le contexte socio-économique dressant un portrait social réaliste et impliquant le lecteur, Prune est bien incapable de l’expliquer, il faut le savoir.

Donc Sarah est écartelée entre sa réussite sociale et ses gros problèmes de confiance en elle, elle se plaint constamment que les hommes ne regardent pas assez sa beauté intérieure. Soit.
Pourtant, elle tombe rapidement amoureuse de son chef de service. Pour ses exceptionnelles qualités humaines ? Son intégrité ? Ses dons artistiques ? Son empathie ?

Mais non voyons !! Sarah, tombe amoureuse de son boss, car celui-ci est un bellâtre habillé chez kéké armani et plein d’UVs !!
Car niveau qualités humaines, ce chef de service, est une raclure, qui passe son temps à humilier son équipe, c’est visiblement est un pervers narcissique à pedigree, et pourtant elle tombe amoureuse de lui…

Donc pendant 20 pages, elle se plaint de ne pas être considérée pour ses qualités humaines, et tombe amoureuse de son chef uniquement pour sa position sociale et son apparence. Cohérence, +300%.

Ensuite, elle se fait farcir par son stagiaire, abusant ainsi de sa position sociale dominante. Mais rassurez-vous, elle ne parle pas de ses qualités humaines, mais bien de sa position sociale (stagiaire, mais rassurez-vous, issue d’une riche famille de Suisse Allemande), et de son physique (un beau métis), l’hypergamie dans son expression la plus grasse.
Lorsque le beau stagiaire déménage pour des raisons professionnelles, il en profite pour la jeter gentiment, comme le fait un bourgeois avec une bonniche-semi-boudin (mais Prune est incapable de souligner la constante sociologique, c’est vraiment pas du Balzac, ni même, à la rigueur, du Houellebecq).
Sarah, ne fait aucun effort pour le revoir, elle reste effondrée par son départ, mais sans agir. On croirait que le gars est mort ou en prison. Sarah, ce n’est vraiment pas la fille de l’air , même pas la fille du train… Amis braqueurs, trouvez-vous une gonzesse plus motivée que Sarah.
Enfin, Sarah trouve son bonheur amoureux, dans le lesbianisme, elle se tape sa magnifique collègue, qu’elle souhaitait au départ plaquer au sol et étriper. Rassurez-vous, le critère est toujours le physique et la position sociale.

On s’attendait à du Khorne, rapidement, ça vire au Slannesh (toujours Warhammer)… Ici un magnifique hommage de Giger (artiste Suisse), à l’Origine du monde :

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A la fin, elle se fait virer, car elle a organisé un shooting produit en oubliant de positionner les aiguilles de la tocante à 10h10 (puisque durant les multiples réunions de validation des photoshoots, aucun des 10 marketeux présents ne l’a vu, logique)… Mais tout est bien qui finit bien, elle finira par plaquer au sol sa (magnifique) ex-rivale, mais pour mieux la brouter dans un duplex Biennois. Pour le sang sur les murs, à part 2 fois 4 jours par mois, ça risque d’être assez faible… 

Le bouquin est supposé dévoiler les dessous du monde de d’horlogerie, nous faire découvrir les cuisines peu reluisantes derrière le mythe horloger… Or le sujet principal, qui occupe 95% de la pagination du livre, c’est la vie sexuelle à Sarah, un ouvrage égocentré, incapable d’abstraire le monde au-delà de son vagin. Ce que résume à merveille la couverture du livre, une rose (une chatte à peine magnifiée), et tout tourne autour…

Une mise en abime de l’Origine du monde, pour une fois la performance « artisique » type bodyart est justifiée :

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En fait, c’est très involontairement, mais très ironiquement que Prune nous dévoile l’envers du décor : Sarah, l’alter EGO de Prune, est un peu le mètre étalon des travers de la watch industry : règne des apparences, absence de vue globale, égocentrisme, lâcheté, sexe…
Stylistiquement, c’est lénifiant, réussissant à rendre chiant des passages qui pourraient être drôles, tant c’est scolaire, et que ça prend le lecteur pour un demeuré (peut-être que Prune vise les collèges de jeunes en « réussite différée »).
Cette soupe stylistique s’explique aisément par la grosse référence littéraire de Prune : Amélie Nothomb (P.117 entre autres), soit le caniveau de la littérature française.

Pour atteindre la lune, on dit qu’il faut viser les étoiles, viser le caniveau, c’est le meilleur moyen d’atteindre les égouts.

Merci de votre fidélité. A bientôt.
Pif.

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Bonus : pourtant, il y avait maintes occasions de se payer le monde horloger, par exemple (liste non exhaustive, mais je refuse de m’infliger encore ce bouquin) :

P.61 : pot de départ d’un salarié d’Oméga, pardon Gaméo, au bout de 35ans : on lui offre un parfum. Prune ne relève qu’une Speed ou une Seamaster, ça serait le minimum.
P.106 : elle se fait conspuer par son boss, puisqu’elle a carmé 3000 balles pour un rapport de consulting à la con, or 3000chf dans l’horlogerie, c’est la monnaie de la pause-café, elle loupe complétement l’occasion de développer tant l’aspect dépense débile (LIEN CRISE FOLIE DES GRANDEURS), que l’aspect humiliation personnelle. Ce qu’elle va faire très maladroitement, quelques dizaines de pages plus loin.
P.112 : elle découvre qu’un Canard Sex-toy vibre… Sur quelle planète vis-t-elle ? Y a Internet à Bienne ?
P.113 : elle met en note de bas de page « gouter », pour « 4h ». Consternant.
P.124 : elle croit bon de traduire « Soufflante » en Français. Pourtant ce terme n’est pas Romand mais argotique.
P.130 : elle parle du sapin de Noël, qui est installé de manière millimétrique, qui à force d’être chargée et ordonné en devient écœurant. Elle est pourtant incapable de faire le lien entre ce sapin et certaines montres Oméga, qui étalent tout leur mauvais goût Suisse Allemands à mi-chemin entre le design Biennois : mulet-moustache-de-rmiste-polaire-bariolé et la gueule à Derrick pour le lusque.