" « Industrie du luxe », je trouve l’expression complètement absurde. Pour moi, le luxe ne saurait être une industrie." Philippe Noiret
Analyses
Partager

Crise horlogère 2015, ses causes: résilience jusqu’à l’absurde 2/5

Le 25 août 2015
Malik
Malik "Pifpaf" Bahri
L'auteur.

« Il faut être têtu dans cette triste vie. Si l’on écoutait l’avis de tout le monde, on ne ferait jamais rien. Même pas de sottises» Alain Grandbois

(en couverture, l’or de Rolex, ça a une autre gueule que l’or du Rhin)

 

Amis lecteurs, bonjour,

 

La Suisse n’est pas rentrée dans l’UE en 1992 (année ou les Français ratifiaient, par référendum le traité de Maastricht), à l’époque les Suisses Romands, très francisés pestaient contre les Suisses allemands qui sont antis-tout (et qui gagnent toutes les votations, car ils représentent 70% du corps électoral).

  • Aujourd’hui, alors qu’on vit le naufrage de l’€uro et de l’Union européenne, les Suisses Francophone sont bien contents de ne pas être rentrés dans l’UE.

La force de la Suisse, c’est sa stabilité, son refus pugnace du changement.
Mais une faiblesse.

 

 

 

Dans le paysan horloger, je vous ai expliqué comment la Suisse a survécu à la crise des montres américaines dans les années 1930 juste parce qu’elle a tenu plus longtemps (alors que les produits d’outre Atlantiques étaient globalement meilleurs, en tout cas mieux rationalisés).
A contrario, l’un des facteurs aggravants de la crise du quartz était l’incapacité de l’industrie horlogère suisse à se réformer, laissant des Japonais ultras industrialisés inonder le marché de produits offrant une meilleure précision pour un coût minime.

  • La constance dans l’horlogerie, c’est son incapacité de se réformer et d’anticiper un minimum les crises…

C’est un secteur qui a tellement de mal à évoluer, qu’à force d’immobilisme arthritique, il a réussi à magnifier un produit technologiquement dépassé : la montre mécanique.

Tolkien, l’auteur du Seigneur des anneaux, à tellement bien sublimé le Suisse au travers des nains: tenaces, artisans de génie, ultra-conservateurs, obsédés par la thune, vivant dans les montagnes, et produisant des artefacts magique:

Des nains-Suisses de l’UDC (United Dwarfs Confederation), reconduisent à la frontière un hobbit-frouze transfrontalier qui volait le pain des nains-Suisses « Vous ne passerez pas ».

Le Hobbit Nains Suisses

Deux exemples : Charles Vermot, alors que l’outillage, les plans tout le nécessaire à la fabrication des calibres Zénith El Primero étaient voués à la casse et au recyclage, il va cacher l’ensemble, dans le dos de ses chefs, permettant à la marque à l’étoile de redémarrer la production immédiatement et avec un niveau qualitatif inégalable.

« Entre ici Charles Vermot »

Charles Vermot a donc sauvé le plus beau calibre de chronographe automatique de grande diffusion, ce qui le place dans mon panthéon personnel des résistants, quelque part entre Hugo Chavez et Jean Moulin.

 

 

Second exemple : la survie de Valjoux/ETA/Nivarox, au début des années 80, Nicolas Hayek, avec un flair digne d’un cochon truffier pour le business, va inventer la Swatch, mais comme énormément de non-suisses à l’époque (ceux qui voulaient enterrer le El Primero étaient des investisseurs Américains), il pense que le mécanique est fini et il veut envoyer à la casse toutes les machines permettant de réaliser des montres mécaniques. (Ce manque de compréhension du haut de gamme, perdure d’ailleurs jusqu’à aujourd’hui chez Swatch Group…)

Et c’est ses lieutenants suisses, qui vont soigneusement saborder son plan de liquidation de Valjoux/ETA/ Nivarox, le retour du méca au milieu des années 80, mettra Nicolas Hayek devant le fait accompli.

François-Henry Bennahmias présente le nouvel espadon Audemars-Piguet.

the-hobbit-thorin

Les deux tendances, conservatrices et destructrices (les deux forces du monde, l’ordre et le chaos), vont continuer à agiter le monde de l’horlogerie et être responsable de la crise de 2015. Chacune de ces deux forces ayant pris les mauvaises décisions dans leurs secteurs respectifs, difficile en effet d’être dans une situation aussi mauvaise malgré le capital sympathie et tout l’argent déversé dans l’horlogerie.

Vous avez tous lu les histoires de gagnants du loto ? Des millions qui déboulent, les Ferrari, des putes, de la drogue, des yatchs, des investissements douteux, beaucoup, beaucoup de flambe. Et au bout de 5ans, rien, plus d’amis, plus de femmes, plus d’investissement et plus d’argent : la zèrmi, RMI.

A très bientôt, pour encore plus de journalisme gonzo.
Pif.