" Celui qui se perd dans sa passion perd moins que celui qui perd sa passion." Saint Augustin
Analyses
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Le cave se rebiffe : un collectionneur se livre sur 30 années de passion et désillusions

Le 17 février 2016
Malik
Malik "Pifpaf" Bahri
L'auteur.

Salut les amis,

« Le son est tellement lourd, qu’il est d’une obésité morbide » Kaaris

Un collectionneur a rédigé un livre anonyme où il énumère 30 ans de déboires horlogers (plutôt 20 si on lit attentivement cet ouvrage), le livre se veut sans concessions, et il l’est, il corrobore même un certain nombre de thèses que l’on développe ici (« On » c’est : Will, Paul, Max et Franck mes acolytes ; mais aussi les nombreux amis et indics qui me suggèrent des sujets et me soutiennent).

Les marques les plus prestigieuses ne sont pas épargnées, bien au contraire, Patek, Jaeger leCoultre, Audemars-Piguet, Journe… Peu en ressortent indemnes, l’envers du décor est à la mesure du prestige délirant des paillettes.
Je vais vous livrer quelques extraits croustillants, néanmoins, je vous recommande chaudement cet ouvrage, les punchlines s’enchaînant lourdement. Il est disponible (gratuitement) en téléchargement ici :

EDIT: sur demande d’HG; le collectionneur, j’ai retiré le document. 

NB : pour illustrer cet article, j’ai choisi des photos de Kari Voutilainen, de De Bethune et Rolex, rares marques qui trouvent grâce aux yeux d’HG, l’auteur.

Donc :

L’introduction :
« Ce témoignage se veut exclusivement informatif. Il est indépendant et peut humblement devenir un outil pour quiconque veut s’acheter la montre « de luxe » de ses rêves. Le but n’est pas de dégoûter qui que ce soit de l’achat d’une belle montre, mais d’informer qu’au-delà du rêve, il y a la réalité. Réalité que j’ai testée pour vous, Chers Lecteurs, pendant plus de 30 ans. »

Audemars-Piguet :
« La haute horlogerie subi une impressionnante perte de substance et ça commence à bien faire. On se fout de la gueule du monde : l’incompétence des services marketing devient un problème pour les amateurs. Plus personne, dans les marques, n’a la moindre idée de l’ADN et des codes génétiques propres à chaque maison. On a passé l’histoire par pertes et profits. C’est effrayant, surtout pour des marques comme Audemars Piguet »

Pas grand-chose à ajouter, effectivement, les AP sont trop chères, la ROO est la vache à lait maison, avec une multiplicité de SL pas toujours pertinentes. Dommage, c’est par ailleurs une très belle maison historique que vient de la Mecque de l’horlogerie Suisse : LA Vallée de Joux.

De Bethune
« Des montres qui parlent, qui ont un âme, qui racontent une histoire, qui transpirent la poésie et le génie horloger… Pour moi, c’est le Breguet du XXIe siècle ! »

Extrait d’un mail de Denis Flageolet à HG l’auteur :
«La moyenne de 5 montres par collaborateur et par année chez De Bethune est largement inférieure à la moyenne de 20 montres dans le reste de la haute horlogerie qui inonde le marché grâce à la communication. Le principe de David Zanetta mon associé président de notre marque est donc respecté : «ne pas faire plus mais mieux» »

Pas mieux également au sujet de De Béthune, c’est effectivement la plus belle marque de l’horlogerie sur le plan esthétique. Comme vous l’avez sans doute déjà vu, je suis un fan inconditionnel de De Bethune, et leur travail mérite tous nos louanges.
DB est peu dépassé sur d’autres points que l’esthétique par Greubel Forsey, mais chez GF, c’est 1 salarié par montre…»

De Bethune Dream Watch 5 Meteorit (18)De Bethune DB28 Digital(7)

Lange & Söhne
« Concernant l’augmentation de prix et l’inflation grandissante : cette montre valait 50 000 € en 2012. (je peux l’avouer maintenant, j’ai eu une énorme ristourne de 2%, je l’avoue) Elle vaut maintenant 63 000 €, seulement deux années plus tard. Voici, demandant une explication, ce qui m’a été répondu :

Demande :
Je retrouve votre facture pour la première Zeitwerk : 49 000 € Comment expliquez-vous cette inflation en si peu de temps ? Presque 25% de hausse !

Réponse :
Merci pour votre e-mail Il s’agit du prix après augmentation, puisqu’il y a une hausse des prix
chaque année.

Explication nuancée, argumentée, détaillée… Magnifique. »

Effectivement, la valse des prix est complètement délirante dans l’horlogerie, bien que presque justifié dans le cas de la Zeitwerk. Cette montre a commencé à 40000€ en 2009, pour prendre 4000€ par an, jusqu’au prix actuel. Presque justifié car c’est l’une des plus exceptionnelles pièces de l’horlogerie, presque justifié parce que tout le marché augmente avec la même ardeur, presque justifié parce que c’est une montre compliquée à produire.
D’année en année, mon rêve s’éloigne.

Moser – Meylan
« C’est une démarche EXTREMEMENT rare et courageuse en horlogerie ! Accepter ses erreurs et en assumer les conséquences. Une autre démarche extrêmement rare dans ce milieu est l’écoute ! »

Moser-Meylan est effectivement très performant sur le plan de la communication, comme nous l’a démontré notamment, la récente affaire de la Swiss Alp Watch.

Kari Voutilainen GMT-6 Only Watch (6)Kari Voutilainen GMT-6 Only Watch (13)

Panerai
« J’ai par la suite entendu beaucoup d’histoires identiques autour de Panerai. Je ne pourrais les affirmer ou les infirmer ne les ayant pas vécues. Mais il est vrai que l’attribution, notamment des séries spéciales, a toujours fait l’objet du plus grand mystère. »

Oui, les voies de l’OP sont impénétrables, néanmoins, certains collectionneurs commencent à être las de ces manières de faire et est-ce que les nouveaux clients suffiront à remplacer les anciens (c’est la très cynique stratégie de l’OP) ?

Patek Philippe
« Donc en résumé, les règles sont claires chez Patek :
– Vous pouvez acheter et ne pas la revendre. Ils restent propriétaires de votre achat.
– On peut vous accuser, sans aucunes preuves et à tort, d’avoir vendu une montre, faisant fi de toute délicatesse ou de sens commercial.
– Faire son travail en toute humilité chez Patek signifie déranger le client à 20h58 en l’accusant d’avoir vendu une montre ?
Pour l’anecdote, je sais de source bien établie que Patek a créé un mythe autour de cette 5131 ! Les volumes de production sont nettement supérieurs à ceux que l’on pense et ils entretiennent savamment cet effet de rareté qui en réalité n’en n’est pas un. »

Le passage sur Patek est le meilleur du bouquin,

une longue suite de punchlines et de dialogues de sourds incroyables ou HG est traité comme un va-nu-pieds par Patek… J’ai eu des échos analogues d’autres collectionneurs. Ce qui permet de relativiser l’hystérie autour de cette marque, aux enchères, comme sur les réseaux sociaux.
Le discours sur « l’investissement » supposé, que représente une Patek, ne justifie pas ces dérives…

Richard Mille
« Un conseil à ce stade également : le véritable prix d’une montre est son prix en seconde main.
À ce sujet, on peut comparer Patek Philippe, Rolex ou Panerai à Porsche : une valeur sûre !
Richard Mille, c’est plutôt la Jaguar de l’horlogerie : on sort du garage et on perd 50% – 60% même si le produit est une véritable « GT » de l’horlogerie. »

Effectivement, sachant que la décôte des Richard Mille tient aussi à la sociologie de ses clients : jet set cokée, nouveaux riches, etc… Public volatile.

Rolex :
« Que dire de ROLEX ? Rien… De vrais tracteurs, jamais de panne !
Un maître-achat pour tous ceux qui souhaitent une montre robuste, fiable et de qualité ! »

Ici aussi, HG voit juste. J’aimerais bien me payer Rolex de temps à autre, mais je ne vois aucune raison objective, du point de vue du client (un peu plus du point de vue distributeur ou de la concurrence), de critiquer le groupe Rolex, qui est beaucoup remonté dans mon estime avec les Tudor époque Davide Cerrato.
Rolex a eu l’intelligence de jamais trop pressurer le client, les montres sont top fiables et solides, et bien que les prix aient augmenté (en gros + 65% en 10ans), ils sont restés beaucoup plus raisonnable que par exemple Oméga (+250%) ou Panerai (+200%), Patek, etc…
Pour les moins fortunés et plus passionnés d’horlogerie, il reste la solution Tudor.

Ça me fait mal de l’écrire, mais ils sont très fort chez Rolex.

Rolex 1803 Augusta Green Smoked dial (5)Rolex Oyster Perpetual 114300 Grapevine (3)

Vacheron :
« Un autre phénomène qui touche plus le groupe Richemont que Vacheron : depuis deux années une marque sœur du groupe, Montblanc, copie systématiquement certaines montres de Vacheron.
Il suffit de voir leur dernier QP et leur dernière WORLDTIME. Évidemment ces montres sont proposées à des prix presque 10 fois inférieurs. Je trouve personnellement cela honteux et pense que c’est une politique très dangereuse au sein d’un même groupe. Il en est de même avec la nouvelle montre dame de Montblanc qui, elle, puise son ADN chez Jaeger-le-Coultre. »

J’avoue que j’apprécie Vacheron de manière platonique. C’est beau, mais ça me laisse de marbre. Notamment à cause de l’envolée délirante des prix. Mais surtout, comme le soulève HG et comme moi-même j’en avais parlé dans ce sujet, les autres maisons de Richemont démonétisent les créations Vacheron en produisant des clones…

Les marges :
« Ce qui est nettement plus intéressant à savoir, c’est la marge du fabricant : on parle de marges moyennes se situant entre x5 et x8 par rapport au prix de revient, pouvant grimper jusqu’à x10 pour les marques les plus rentables et les plus industrielles. »

&

« Je pense qu’il n’y a pas une seule industrie au monde qui peut se permettre d’avoir augmenté ses prix de la sorte au fil des années ! »

Et HG est encore en dessous de la vérité ! Je connais des marges qui dépassent amplement le x10, et chez certains industriels, le x12 – x15 est la norme.

Ici l’auteur pointe les dérives délirante d’une industrie, qui sombre aujourd’hui, car elle a trop présurée les clients.

Comme expliqué notamment dans la série de sujets sur la crise horlogère. Crise qui engendre des drames humains chez les petites mains de l’horlogerie : temps partiel, chômage, divorces suicides.

A bientôt.
Malik.