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Patrimoine & Savoir-faire
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NM, la Naissance d’une Montre: la genèse du projet 1/2

Le 10 décembre 2015
Malik
Malik "Pifpaf" Bahri
L'auteur.

Salut les amis,

Comme vous le savez peut-être, j’ai été absent du web horloger en 2014 car  j’ai chroniqué l’aventure NM : http://www.legardetemps-nm.org/

L’objectif du Garde-temps, la Naissance d’une Montre est de sauvegarder et transmettre les Savoir-faires traditionnels.

Ceci démarre presque par hasard, il y a quelques années,  lors d’une discussion entre Robert Greubel, Philippe Dufour, Kari Voutilainen & Vianney Halter. En échangeant, ils ont pris conscience de l’ampleur de l’érosion des Savoir-faire…

Les principales causes de celle-ci résident dans les différentes crises de l’industrie horlogère, en particulier celle « du quartz » et la robotisation progressive de l’industrie au moyen des commandes numériques. Les départs, les décès et la course au chiffre en ont été les vecteurs principaux.

  • Comme le dit Philippe Dufour : « les cimetières sont remplis de secrets ».

Conscient de ce problème Robert Greubel, devant une relative indifférence de l’industrie à ce sujet,  à décidé de prendre le taureau par les cornes, en initiant, à la modeste échelle de Greubel Forsey, un projet de conservation des Savoir-faire. Le meilleur moyen de transmettre, c’est d’avoir des compétences pédagogiques, ce qui est encore mieux, c’est d’être professeur.

Robert a donc contacté en juillet 2010 un ami de longue date: Michel Boulanger. Ce dernier, motivé par l’apprentissage, est retourné vivre dans son atelier de Chartres en France et enseigner à Paris.
Ca faisait longtemps qu’ils envisageaient une collaboration, et ce fut une aubaine pour Michel. Robert, pour exacerber la créativité de Michel, lui demanda de réfléchir à un projet reflétant sa vision de la transmission.

Robert a proposé à Michel de réaliser une montre de A à Z, au moyen de techniques traditionnelles dites « conventionnelles », la découverte de ses dernières lui permettant de redevenir apprenant.

En couverture, Michel & Robert au SIHH

Cela signifie aussi que pour ce projet, Michel ne devra pas utiliser de machine à commande numérique. Toute la réalisation se fera soit au tour, à la pointeuse, à la fraiseuse ou à la main avec l’outillage adéquat. Néanmoins la partie conception sera exécutée sur ordinateur.

Avant de déterminer l’outillage, la phase de maturation intellectuelle du projet a été assez longue. Durant celle-ci, Michel a présenté des projets parfois très ambitieux, peut-être trop, car il ne connaissait pas encore les contraintes inhérentes.

La Naissance d’une Montre est en effet l’une des rares pièces réalisée à partir d’une construction absolument nouvelle. Cela veut dire que le mécanisme n’est pas la copie d’un calibre existant mais né de l’imagination de Michel et mit au point par l’équipe NM.

Durant cette phase, Robert a tranché sur deux aspects majeurs du projet : le Garde-temps sera une montre simple (HMS), pourvu d’un Tourbillon traditionnel et que Philippe Dufour serait un des professeurs de Michel.

Maintenant que le décor est planté, et avant que Michel vous raconte les premières années de l’aventure, voici une brève présentation des acteurs principaux :

Robert Greubel : Bien qu’il soit peu connu du grand public, c’est le chef d’orchestre de Greubel Forsey. Il a fondé CompliTime au milieu des années 90, en compagnie de Stephen. Puis ils ont commercialisé leur première Invention le Double Tourbillon 30°, en nom propre, car aucune marque n’en voulait… Le verdict des collectionneurs a parlé : le succès de GF a été fulgurant, en dix ans seulement, la marque s’est placée au pinacle de l’horlogerie actuelle…

Robert est le maître d’œuvre de NM, il permet aux membres de l’aventure de repousser leurs limites personnelles.

Robert examinant le Garde-temps au SIHH

Robert Greubel IP1 Le Garde temps

Stephen Forsey : c’est l’associé de Robert, et également l’ambassadeur de GF et NM. Il est intervenu pour valider les principales orientations techniques durant les longues phases de conception. Il a commencé l’horlogerie tôt dans l’atelier familial. Il a grâce à des pièces de mécano validé le concept technique du Double Tourbillon 30°.

Stephen & Robert à l’anniversaire de Philippe Dufour

Philippe Dufour Anniversaire (13)

Philippe Dufour : le maître Yoda de l’horlogerie. « Un trésor national vivant », au Japon. Il y est tellement culte, qu’un manuel scolaire sous forme de Manga le met en scène.

  • En présentant la Simplicité au milieu des années 90, Philippe à repoussé les critères  de finitions de l’horlogerie.

Ses savoirs sont aussi étendus que sa main est sure, même les excellents horlogers comme Didier Cretin ont du  mal à le suivre. C’est l’échec de Philippe, il n’a pas su être assez souple avec ses apprentis pour transmettre l’intégralité de ses Savoir-faire. Comme Maître Yoda, Philippe n’est pas le roi de la pédagogie. Mais tout a changé avec son Padawan Obi-Wan Boulanger.

Philippe dans les volutes de pipe

05 Spiral NM 02 Philippe Sensei de l'horlogerie (32)

Didier Cretin : il y a quelques années, avant de travailler pour GF, j’avais eu l’occasion de rencontrer Didier. On avait passé plus d’une heure à discuter horlogerie. Didier est un passionné qui est passé par les plus prestigieuses maisons d’horlogerie, Breguet, Audemars Piguet, Philippe Dufour (il a réalisé 18 Simplicités) et surtout Greubel Forsey. Il est constructeur chez GF, et aussi dans le cadre de NM, c’est le principal acolyte de Michel, qui valide les plans du Garde-temps…

Didier à droite & Michel, au SIHH

Michel Didier Cretin

Séverine Vitali : ceux qui connaissent bien Greubel Forsey, l’ont déjà rencontré. Elle a suivi une formation horlogère classique à la frontière française. Elle est aussi passée par Renaud & Papi avant de rejoindre Greubel Forsey au début de l’aventure en 2004 (souvenez-vous, j’en parlais dans l’interview de Nathalie Jean-Louis).
Depuis, elle a considérablement perfectionné son art et elle est aujourd’hui responsable de l’atelier finitions chez Greubel Forsey. Elle transmet notamment les techniques de sablage à Michel.

Séverine en conférence au Musée International de l’Horlogerie à la Chaux-De-Fond

Le Garde Temps NM MIH (4) 

Jean-François Erard : ce dernier est inconnu du grand public, mais c’est un mécanicien de précision d’élite, qui a beaucoup travaillé pour les plus grandes manufactures. Il conçoit notamment des timbres pour montres à sonneries. Il a bouleversé l’offre en développant des timbres monobloc chez Renaud & Papi dans les années 90. Jean-François est proche de la retraite, et le projet NM est une occasion de transmettre son Savoir-faire à Michel. Il aide Michel à concevoir les procédures de production des composants du Garde-temps, notamment au tour schaublin 70 & 102 et à la pointeuse.

JF à droite, Didier & Michel dans les locaux de Greubel Forsey

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Michel Boulanger : c’est le « héros de l’aventure ». A 46 ans et avec ses 2m de haut, littéralement le plus grand horloger de sa génération. Michel est tombé dans l’horlogerie quand il était petit, car son père tient un atelier de restauration d’horloges au sud de Chartres.
Après plusieurs diplômes d’horlogerie, il a goûté à l’industrie suisse, en travaillant notamment chez Renaud & Papi, ou il a recroisé Robert et rencontré Jean-François.
Mais Michel souhaitait enseigner, il a donc passé le concours de l’éducation nationale française, afin de devenir professeur d’horlogerie au Lycée technique Diderot, Paris 19éme, depuis de nombreuses années.

Michel et sa blouse « La Naissance d’une Montre »

Michel en plein concept

Le Tour 70 Schaublin :   tout héros digne de ce nom, est accompagné par son super-outil : voiture, épée ou arme à feu dans les films, romans et séries dignes de ce nom. Depuis Arthur et Excalibur, jusqu’au 44. Automag de Dirty Harry ou la Pontiac Trans Am K2000 de Michael Knight.
Ce qu’il faut comprendre, c’est que le tour 70 de Michel est nettement plus customisable que cette dernière, qui a pourtant généré moult rêves humides chez les amateurs de tuning. Le tour 70 est crucial dans NM car c’est outils principal de Michel, il l’utilise les deux tiers du temps (et 90% du temps « outil »).

Le tour 70 à été présenté en 1925, il émanait d’une demande de l’industrie horlogère, qui souhaitait standardiser son matériel, avec un tour polyvalent permettant de travailler à micro-échelle. Il fait 600mm de long *120mm de haut  pour un poids à vide de 13.5kg. Il a la particularité d’être encore fabriqué aujourd’hui. Il est donc doté d’une pléthore d’accessoires spécialement conçus pour une utilisation à l’échelle horlogère. Un jeune horloger peu acquérir un 70 d’occasion pour 3000€, le restaurer et le doter au fur et à mesure d’accessoires.

Mais l’histoire du tour 70 de Michel est bien plus palpitante. Ce tour était la propriété de Robert. Ce dernier l’a cédé à Michel au début des années 2000, donc au début de l’aventure GF. Cet acte de transmission porte une charge symbolique forte dans le cadre de NM.

K2000:

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Le Garde-temps : il y a une dimension grallesque dans cette pièce, dans la mesure où elle est bien plus un prétexte pour une quête initiatique sur les chemins perdus des Savoir-faire traditionnels, qu’une fin en soit. Intellectuellement, contrairement à une voiture ou une paire de chaussures, qui ont une fonction utilitaire, une montre est une pure abstraction, une création artistique. Celle-ci, va être le véhicule de la pérennisation des Savoir-faire de vieux maîtres de l’horlogerie contemporaine.

L’objectif de réalisation est modeste, 11 Garde-temps finalisés. Ce qui signifie que Michel doit probablement produire le triple dans les faits, si l’on tient compte des pièces rejetées et les composants conservés pour assurer le futur SAV.

Le Garde-temps sera rond et fera 45mm sur 14.99mm pour un poids approximatif de 220 grammes.  Il sera cadencé à 18000a/h pour un minimum 36h de RdM, dans l’esprit des montres de poche vintages. Ce sera une pièce simple, sans complication stricto sensus, mais néanmoins pourvus d’un grand tourbillon 1 minute de 18mm de diamètre.

Pour les plus horlogers d’entre vous, elle sera également munie des dispositifs suivants :

  • Double encliquetage dit « de la Vallée de Joux », au lieu du pignon Breguet. C’est un système qu’on retrouve sur les grandes sonneries, cette implémentation était une proposition de Philippe.
  • Pas d’aiguille de seconde sur la cage.
  • Système de mise à l’heure indépendant (pas de système de minuterie attaché au rouage principal, la mise à l’heure est relié au barillet).
  • Denture dent de loup au niveau de barillet.
  • Engrenage conique.

Le Garde Temps Dufour Greubel (17)

La suite bientôt avec l’Interview de Michel Boulanger.
A bientôt les amis.
Malik.