" Celui qui se perd dans sa passion perd moins que celui qui perd sa passion." Saint Augustin
Patrimoine & Savoir-faire
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Le paysan horloger : moyens médiévaux, contraintes modernes 3-7.

Le 20 février 2015
Malik
Malik "Pifpaf" Bahri
L'auteur.

Salut à tous,

Il faut savoir que jusqu’à la révolution industrielle (et contrairement aux idées reçues), les serfs de la société traditionnelle travaillent peu.

En moyenne trois jours par semaine, selon nos critères modernes. Le reste est dédié à des fêtes religieuses ou non, des activités ménagères, à la collecte en forêt, au bricolage et au vin (l’activité phare à l’époque, on n’avait pas inventé le football). CF l’image de couverture, qui montre des paysans festoyant.Mais les paysans des Franches-Montagnes ne vont pas pouvoir bénéficier de ce rythme apaisé.

  • La très brève saison ensoleillée va conditionner une saison de travail intense durant les cinq à six mois de soleil, afin produire et engranger suffisamment de nourriture et de fourrage pour passer l’implacable hiver.

Heureusement aujourd’hui, nous avons des chasses neiges et des Merco Benz 4matic:

Le Paysan Horloger le Jura actuel (6)

Dans les vallées, le soleil se couche plus tôt qu’en plaine, car les crêtes le masquent plus rapidement. En été, on va donc s’y lever encore plus tôt qu’en plaine, pour de longues journées de labeur agricole : emmener les bêtes sur les pâturages de hauteur, planter et récolter rapidement les céréales, les fruits et légumes, couper le foin, redescendre les bêtes en fin de saison et se réfugier auprès de l’âtre avant les chutes de neige. D’ailleurs, on ne peut pas comprendre le sens de cette expression si l’on pas connu la densité et la soudaineté des précipitations montagnardes.

  • Lors d’une vraie chute de neige, le ciel vous tombe littéralement sur la tête.

Nuages à la Chaux de Fond (il règne un micro climat particulier à la CdF):

Farmer Watchmaker actual Jura (3)

La production du paysan des Franches-Montagnes ne devra pas seulement être intensive, mais aussi qualitative, car les vaches paissent dans des clairières où poussent les futurs sapins ; il faut donc ménager les jeunes arbres tout en permettant aux vaches d’engraisser. L’équilibre agro-Silvio-pastoral est particulièrement délicat dans un contexte aussi hostile. La modération, la patience et la précision deviendront des vertus indispensables à la survie des paysans montagnards.

Vertus qui leur seront précieuses dans l’artisanat de précision et plus encore en horlogerie.

Ferme Jurassienne moderne, avec rampe de lancement pour tracteur, une antenne locale de la Nasa   :mrgreen: :

Farmer Watchmaker actual Jura (6)

  • Dès le début du XVème siècle, nos paysans Franc-Montagnards vont donc connaitre les affres d’un rythme de travail contemporain, avec le stress d’une «deadline», au sens propre!

Et l’hiver, au contraire, il va falloir juguler l’ennui et la promiscuité. Le travail a la particularité d’être addictif, plus on travaille, plus on a envie de travailler intensément.
En ce début de Renaissance, la société du loisir n’est pas prête d’émerger.

Les futurs paysans-horlogers vont donc occuper leurs longs hivers avec de l’artisanat.

Le meilleur ami du paysan horloger: la vache.

Farmer Watchmaker actual Jura (5)

Et la contrainte faisant l’homme, dans une logique toute Darwinienne, l’artisanat Franc-Montagnard va s’adapter aux contraintes logistiques. Il faut comprendre qu’à cette époque, on ne bénéficie pas de puissants bolides V8 de 400ch pour labourer les routes de montagne, ni même de 2CV… D’ailleurs, il n’y avait ni routes goudronnées ou pavées, ni VTT et autres parapentes.
Il fallait descendre à pied et crapahuter 15 km en montagne, un périple d’une journée.

  • Cette difficulté d’accès interdisait tout produit manufacturé de taille conséquente. Produire des chars à bœufs, des canons, des pierres de taille ou des bateaux était exclu.

Un relief escarpé:

Farmer Watchmaker actual Jura (9)Farmer Watchmaker actual Jura (15)

Les Francs-Montagnards vont donc se spécialiser dans le petit accessoire à haute valeur ajoutée.

Comme la matière première est abondante, il vont travailler principalement le bois de résineux du XVème au XVIIIème siècle.
Ils vont exceller dans les domaines suivants : la tournerie (tournage du bois), la boissellerie (fabrication de boites en épicéa), la pipe, le jouet, le sel (on en découvre des gisements dans les vallées) et la production agricole, notamment le fromage…
Mais malgré la pérennité du modèle paysan-artisan, l’histoire va s’inviter jusque dans les montagnes Jurassiennes, à travers l’invention de l’imprimerie…

Merci de votre lecture.
Malik.

Toute l’histoire du paysan horloger: